[AS] La Profondeur d'un sourire

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[AS] La Profondeur d'un sourire

Message  Parenthèse le Ven 1 Juin - 19:49

[Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien]

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NATHANIEL : LA PROFONDEUR D'UN SOURIRE ♫♪
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Painting : OCC x Nathaniel
Nb de chapitres fini : 7 chapitres + 2 prologues
Autre : Fic longue ♠️ Récit à deux voix

♫♪ Prologue 1 • La Fille des voisins (Point de vue Nathaniel)
Spoiler:
June.
D'aussi loin que je me souvienne, il n'y avais jamais eu qu'elle, June, ma June, la fille des voisins.
Je me rappelle encore de nos fréquentes escapades, lorsque nous élaborions des plans pour piquer des cerises aux retraités du 7... Le bon temps en somme.  
Aujourd'hui ces derniers ne vivent plus ici, à l'instar de la joie de vivre de mon amie.
Enfin "amie", nous ne l'étions pas réellement... "voisin" serait le therme adéquat bien que je n'aime pas me l'avouer.
Elle traînait avec moi, c'est tout. En outre, sa présence me rendait heureux et léger.
Je n'ai vraiment jamais su pourquoi June avait arrêté du jour au lendemain de sortir de chez elle. Cloitrée, invisible, ailleurs.
A ce moment là, j'avais compris que, plus que de l'amitié, je ressentais quelque chose de fort pour elle et ai rapidement maudis cette situation de ne plus l'avoir à mes côtés.
Alors qu'il y a un certain temps, je buvais son sourire, maintenant il m'est difficile d'ignorer qu'elle me hait.
Et dire que la petite fille pleine de vie, au sourire radieux et aux yeux rieurs que j'ai connu s'est définitivement éteinte pour laisser place à une ermite hargneuse et quasi muette mais ô combien attirante.
J'ai fini par m'apercevoir que ce n'est pas moi qu'elle hait, mais bien le monde, sa c*nnerie et tous ses dérivés aussi bien humain qu'animal. Et ça, je l'avais constaté en la voyant traîter un chat vagabondant au hasard dans la rue, de sale "égoïste imbu de lui", c'est dire...
Depuis ce jour, je la regarde différemment. Les sentiments que j'ai pour elle existent toujours, je l'aime, mais je désire avant tout comprendre ce qui a tant pu changer chez elle, chez ma June.
Si seulement j'avais su dans quel casse-tête je me fourrais..

♫♪ Prologue 2 • Le garçon d'en face
Spoiler:
Le garçon d'en face...
J'ai toujours pensé que mon voisin mentait quand il prétendait à tord et à travers que les chats portaient en eux de nombreux dons surnaturels, formes de vie supérieures sans doutes capables de communiquer par télépathie entre potes félins, qu'il disait...
Bon okay, je l'avais carrément pris pour un illuminé ce jour là. Mais bon, faut me comprendre, croire à de tels enfantillages superflus alors que nous avions à l'époque tous les deux 12 ans révolus, c'est limite.
D'aussi loin que je me souvienne, Nathaniel et moi n'avions jamais été bons amis, seulement voisins à vrai dire.
Puis nous nous étions perdu de vue. Objectivement, je dirais que la vie est ainsi et qu'une relation si superficielle était de toute évidence vouée à l'échec...
D'une certaine manière, Nathaniel était la seule personne que je connaissais vraiment bien, outre ma famille, naturellement.
Mais dans cette même optique, l'inverse n'était pas forcément vraie. Lui ne connaissait que l'enfant que j'avais été, la petite fille niaise et terriblement influençable.
Aujourd'hui, je n'ai même plus envie de sourire. A quoi bon ?
Et tout ça, c'est la faute de la maladie. Ah qu'il a le dos large ce bon vieux cancer ! Mais jamais je ne pardonnerais à la vie l'état de santé de ma petite soeur.
Kirsten, 9 ans, n'a jamais connu autre chose que le blanc immaculé des mûrs de l'hôpital. C'est dég*eulasse....
Aussi, je m'étais promise que la seule personne qui compterait à mes yeux à présent, c'elle elle. Et personne d'autre.
A passer mes journées tantôt seule chez moi à me morfondre tout en pensant à elle, tantôt à l'hopital, à lui tenir la main, j'ai fini par perdre tout contact avec la vie extérieure.
Mais, ça, je m'en f*ut royalement.
C'est comme si une force étrangère avait insufflé en moi un haine quasi inébranlable envers l'autre, quel qu'il soit. Je hais le monde dans tout sa prétendue splendeur.
Ma mère avait souhaité que nous ne parlions à personne de la maladie de Kirsten. Elle partait du principe que la pitié des gens était plus nocive que le mal lui même. Je pense que je rejoins en quelque sorte son avis, détestant au plus haut point cette charité tout sauf spontanée.
Les gens sont persuadés que leur excuses ont réellement lieu d'être et peuvent carrément changer la face du monde. Quel bande de c*ns.
Il y a un certain temps, j'ai voulu en parler à Nathaniel. Après tout, il devait bien sentir que quelque chose tournait pas rond.
Cependant, je ne l'ai pas fait. Par respect pour Kirsten ou par peur qu'il s'en tape, je l'ignore. Ou peut-être était-ce seulement pas manque de courage ?
Malgré ça, ce n'était pas là qu'était le réel problème que ma famille et moi rencontrions.
Kirsten malade, ma mère avait du s'encombrer d'un second job et avait moins de temps à consacrer aux autres. Du coup, mes autres frères et soeurs et moi étions sous la tutelle de ma grand-mère, laquelle ayant emménager chez nous il y a 5 ans.
La pauvre...
Ben ouais, parce que ma famille à moi, faut se la farcir...
Parce qu'entre les frasques d'Arthur l'intello revèche, persuadé d'être en mesure de refaire le monde, d'Appoline, sa jumelle de l'ombre, mélomane - enfin, c'est ce qu'elle prétend - dans l'âme, d'Albane, l'artiste incomprise aux idées douteuses de Kirsten, de Louis, l'homme invisible et moi, June, éternelle emm*rdeuse, y a pas de quoi faire la sieste au soleil...
Pas terrible, hein ? N'empêche que, le petit tableau irréprochable de la famille  bourrée de stéréotypes vieux du siècles dernier, non merci, pas pour moi.
En dehors de ça, nous n'étions pas tellement à plaindre non plus. Un toit sur la tête, l'amour d'une grand-mère, manquait que la santé de Kirsten pour que ce soit parfait.
Ah non, un père compatissant et affectueux aussi.
Le mien s'est tiré l'année dernière pour une blondasse botoxée. Enfin, n'allez surtout pas pensez que cette situation est, de toute évidence, un gros
copier/coller des scénarios trash ô combien  pas crédibles des téléfilms américains. Parce que non, Eileen, outre sa forte poitrine, n'est ni manequin, ni serveuse dans un bar, mais femme de ménage dans une crèche, payée trois franc six sous, habillée comme un sac et à la charge de trois gosses imbuvables. Le rêve américain  ? Vraiment ?
Oh et, avant qu'il y est méprise, mon père nous aime, certes, mais mon père est et a toujours été un gros égoïste. C'est pourquoi ce soit disant bien faiteur - Eileen l'appelle comme ça - ne paye même pas les frais médicaux de sa fille.
Limite s'il ne nous a pas renié, le papa.
Pour en revenir à Nathaniel, j'avoue l'avoir lâchement laissé tomber. Mais je pars du fait que si Ambre avait été Kirsten, il n'aurait pas hésité non plus.
Dans le cas contraire, ce dont je doute assez fortement, je m'autoproclame reine des Monkey Babane et jure d'ériger un temple en l'honneur des rats, et dans l'heure s'il le faut !
Je n'ai pas revu à proprement parler depuis l'été de nos 14 ans, quand l'état de Kirsten s'est aggravé. Nous nous étions croisés au collège, prenions le même bus scolaire sans pour autant s'assoir côte à côté, nous lancions par ci par là de polis "bonjour" et "au revoir".
Alors que j'avais l'impression de le fuir continuellement, de peur qu'il ma balance à la tronche ce que je sais pertinement, à savoir que je ne suis qu'une grosse traîtresse insociable à tendance dépressive et arrogante par dessus le marché, lui faisait tout pour tenter de capter mon attention. Pourquoi ? Je ne le saurais sans doutes jamais, puisque, fatalement, je m'en tape.
Malheureusement pour moi, lui non.
Le garçon d'en face a vraiment du temps à perdre...
Chapitre I • Personne.. /!\ Première scène assez violente
Spoiler:
- June ?
Kirsten se tient devant moi, debout. Ses bras nus et zébrés de cicatrices sont tendus vers moi. Je n'arrive pas à déceler la moindre lueur de vie dans ses yeux sombres. Elle semble immobile, seules ses lèvres sèches se mouvent. La peau de son visage arbore une teinte si livide , qu'on pourrait sans soucis la comparer à celle d'un spectre.
- Pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi...
Je n'écoute pas la suite, ce n'est pas utile. Ses paroles ne sont qu'echo, douloureuses.
A présent, son corps menu vacille et tombe dûrement sur le sol dalé.
- Kirsten ! je hurle.
Elle ne me répond pas. Des larmes argentée roulent sur ses joues.
- June, je veux voir la mer...
Sa phrase me fait l'effet d'un poignard en pleine poitrine. Ma petite soeur regarde vers le haut, le regard toujours aussi vide.
- Vent, emporte moi, je voir la mer...Vent, je t'en prie.
Mes propres joues sont maintenant noyées de larmes. A genoux, je hurle son prénom.
Enfin, le vent se déploie en rafale sur nous, fouettant nos visages, emportant sur son passage nos cheveux cendrés. Le corps de Kirsten s'arc-boute puis fini par s'affaisser, inerte.
- Non !
J'ai l'impression que mes poumons explosent sous la force de mon cri. Je tombe àmon tour sur le dos, faible.
- Nooooon !
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- Belmont !
La voix haute perchée de mon professeur de mathématiques me sort de mon cauchemar. J'en-trouve un oeil avant de me rendre compte que tous les élèves présents me toisent d'un regard éberlué. Je comprends ainsi que ce même cri qui avait été le mien dans ce fo*tu songe, était bel et bien sorti de ma bouche.
- Ma foi, commença le professeur, avez vous bien dormi Mlle Belmont ?
Je ne lui réponds pas, m'attendant de toute manière à me faire virer de cours quoi que je dise. Ses petits yeux gris se plissent dans une sorte d'interprétation plutôt convainquante de son sadisme et ses lèvres pincées sont sur le point d'articuler ma sanction.
- Vous m...
Sa tirade se perd dans le son ô combien salvateur de la cloche indiquant la fin des cours pour la journée. Elle regagne son bureau en me signifiant d'un pointement de doigt qui se voulait sévère, que cette discussion n'est pas terminée.
Épargnée pour le moment , je range mes affaires en quatrième vitesse et entreprends de filer à l'anglaise.
Une fois dehors, je joue rapidement des coudes et réussi à m'extirper de ce véritable troupeau que forme les élèves. Je soupire de soulagement, la journée peut enfin commencer.
Je m'arrête un instant pour décider de ma soirée. Me rendre de suite à l'hôpital ou faire un rapide saut à la maison voir si je peux y soulager ma grand-mère.
D'un côté la visage de Kirsten semble m'appeler à lui, de l'autre la simple pensée de Mammie aux prises avec trois monstres, seules, à découvert, ne me rassure pas des masses.
Mon choix se porte donc sur la seconde option et je me mets en route.
Je n'ai pas fais dix pas que déjà je sens sa présence dans mon dos.
- JUNE !
Mais pourquoi ce type n'intègre pas qu'il n'est pas le bienvenu dans ma vie ?  Trois mois que ça dure, trois qu'il juge nécessaire de me 'raccompagner' chez moi, trois mois que ce parasite indésirable a refait surface au sein de mon quotidien pas franchement très enviable.
- Attends-moi !
J'ai l'impression d'halluciner. J'accélère le pas.
- Hey !
Sa main s'abbat sur mon épaule, il a été le plus rapide. Je ne lui accorde aucun regard et continue mon chemin.
- June, je sens bien que je te saoule, mais...
Mais quoi ? S'il le sait, qu'il se tire, on économisera tous de la salive.
- ...mais c'est plus fort que moi. Je n'arrive pas à ignorer ton silence.
- Alors quoi, Nathaniel ? Tu penses sincèrement que polluer mon espace vital m'aidera à m'en sortir ? Me sortir de quoi d'abord ? Je vais très bien !
Je lui ai carrément aboyer dessus cette fois.
- C'est faux, grogne-t-il. Et ça, je ne te l'apprends pas.
Je m'arrête soudain et plonge mes yeux dans ses pupilles mielleuses.
- Et tu t'attendais à quoi ? Que je te laisse fo*uttre ton nez dans mes dossiers privés ? Si c'est ça, tu mets doigt dans l'oeil jusqu'au coude, mon ptit !
- Ce n'est pas tes menaces qui me ferrons renoncer... lâche t-il.
- Je ne menace personne.
Notre courte discussion s'arrête ici. Nous continuons de marcher côte à côte, moi remontée, lui perdu dans ses réflexions.
Ce qui me tue dans cette histoire, c'est que Nathaniel est quelqu'un de sympa, au fond. Mais sa curiosité a toujours fait office de barrière entre nous. Je n'ai pas confiance en lui et sa présence a le don de me mettre en rogne.
- Salut, dit il en me filant un tape "amicale" dans le dos.
Sur ce dernier mot, il traverse la rue et prend la direction de sa maison. Je l'imite et rejoins de quelques enjambées la mienne.
La première chose que j’aperçois en passant le seuil de la porte, sont les deux grosses chaussures de Louis. Habituellement, on ne voit pas à la maison avant sept heures...
- Louis ? j'appelle.
- Tais toi idiote, me lance Arthur, précipitement sorti de la cuisine, alerte. Il pionce.
- Toi, on t'a pas sonné. Et surveille ton langage.
Ma réplique semble l'avoir vexé. De derrière les carreaux des lunettes, ses yeux contemplent le parquet.
- June ?
La silhouette fluette de ma grand mère se dessine derrière le gnôme, elle me sourit.
- Tu as besoin d'aide ? je lui demande.
Elle m'indique "non" d'un mouvement de la tête et m'informe qu'Albane et Appoline sont chez des amies, que Louis est effectivement en train de rattraper sa nuit de RPG, et qu'elle comptait aller faire des courses avec Arthur.
Après quoi, je les laisse et rejoins ma chambre, où je balance négligement mon sac dans un coin et m'affale sur mon lit.
Tout en examinant le plafond, je repense brièvement à mon échange avec Nathaniel. Pourquoi s'entête-t-il autant à vouloir me venir en aide si c'est pour se faire rembarer à chaque fois ? De toute évidence, sa quête est vaine et totalement inutile. En dehors de notre famille, personne n'est au courant de l'existence de Kirsten.
Personne...
Chapitre II • Ce lien que l'on appelle l'amour..
Spoiler:
- Tu reviendras demain, hein, pas vrai ?
La question de Kirsten me fait sourire. Ses yeux sombres sont emplis d'espoir mais je sais qu'au fond d'elle, elle ne doute pas une seule seconde de ma réponse.
- Mais bien sûr, crapule ! Je lui lance.
J'aperçois de justesse son petit rictus satisfait avant de disparaître dans le couloir. Je me sens légère et sereine. Il n'y a qu'en la présence de ma petite soeur que je peux pleinement exister. Et je pense que la réciproque est aussi vraie.
Alors, au moment où je sors de l'hôpital, j'ai la sensation d'avoir fais quelque chose de bien, j'en serais presque fière.
Durant les dix minutes de trajet nécessaire pour rentrer chez moi, j'ai n'ai de cesse de revoir le visage heureux et plein de vie de Kirsten. La voir ainsi me redonne foi en l'espoir qu'elle sorte un jour de cette prison blanche.
Une fois arrivée dans l'allée où j'habite, je me rend compte à quel point je ne veux pas rentrer chez moi maintenant. Cette sensation de quiétude mêlée à la chaleur rassurante d'un soleil couchant de Juin, m'hypnotise.
Je trouve assez rapidement un banc et m'y assois. S'offrant à mes yeux, un parc d'enfant désert et un ciel aux couleurs magnifiques.
Je soupire d'aise un bon coup et m'autorise à fermer les yeux. Je me sens bien. C'est... étrange je dois dire, je n'ai plus l'habitude.
Je fais le vide dans mon esprit, plus rien en dehors du sourire de Kirsten ne doit exister. Le reste n'est qu'illusion. Arthur, Appoline, Louis, Maman..je n'en aime aucun comme j'aime ma petite soeur allitée depuis toujours.
Parfois, je me demande comment un telle relation est possible. C'est vrai, on dit toujours que ce lien si extrême n'est pertinent qu'entre deux jumeaux. Louis et moi avons été portés par notre mère en même temps, mais ce que je ressens à l'égard de Kirsten est beaucoup, beaucoup plus fort.
Entre Louis et moi, ça n'a jamais été simple. Lui est un hyperactif survitamité geek sur les bords plus ou moins sociable, alors que moi, je ne suis qu'une ermite pantouflarde et solitaire. En dehors de ça, nous partageons le fait, d'un certaine manière, de refouler sans cesse nos douleurs, de n'en parler à personne.
Il y a quelques années, on a apprit que Louis se faisait racketter tous les jours à la sortie du collège. Et ça, il ne la dit que deux mois après, un soir où il est rentré pieds nus.
De mon côté, j'enfouie au plus profond de moi ce sentiment de vide et de haine que je ressens envers le monde.
Personne n'est au courant pour mes cauchemars noctures, pour les morsures que je m'inflige aux bras afin de ne pas crier quand une peur refait surface, pour les insultes que je balance au miroir et qu'il me renvoie malhonnêtement, pour les hurlements que personne n'a jamais entendu car ils n'existent que dans mon coeur.
Je n'ai pas envie d'en parler à qui que ce soit. Ca ne regarde personne d'autre que moi.
Je sens soudain une présence à côté de moi. Je n'en ouvre par pour autant les yeux.
- Il fait bon ce soir.
Je reconnaîtrais cette voix entre mille. Ce mec est définivement un pot de colle.
- Tu n'as rien de mieux à faire, Nathaniel ? je demande.
- Je comptais mes trombones avant de te voir assise seule sur un banc, donc non, en effet, je n'ai rien de mieux à faire en ce bas monde.
- Et tu t'es sûrement dit que j'avais trèèèès envie d'avoir de la compagnie.
Il ne répond pas, il doit sentir à quel point c'est inutile.
- Quelle est ta couleur préférée, June ? finit il par dire.
- T'en as vraiment quelque chose à faire ?
Quelle question stupide. Qu'il n'essaye pas de me faire avaler que cette information est capitale pour son enquête spéciale "June" !
- Oui.
- Le pourpre.. je lâche.
- Le pourpre, répète-il, pensif, comme pour encré mes paroles au fond de lui. Pourquoi ?
- Ca, ça ne te regarde pas, je réponds simplement.
Un silence lourd et pesant s'installe autour de nous. Il finit par ce lever cinq bonnes minutes plus tard et me propose si, "par hasard", je voudrais qu'il me raccompagne. J'ignore toujours s'il le fait exprès ou non, d'être aussi coriace.
Je gromelle une sorte de "comme si j'en avais besoin" mal articuler et le laisse repartir tout seul.
Un quart d'heure passe encore avant que je ne daigne rentrer.
Et ce soir là, en me couchant, je me suis rendue compte que le banc sur lequel je m'étais assise se trouvait de l'autre côté de l'allée par rapport à ma maison. Nathaniel n'a pas pu m'y voir, c'était impossible.
Alors comment avait il su ? Etait-ce par pûr hasard ou bien était-il doté d'un don surnaturel méconnu du plus grand nombre ?
Je n'aime pas cette idée. J'ai toujours revendiquer mon indépendence et ce n'est pas un idiot dans son genre qui m'empêchera de vivre ma vie au grè de mes envies.
Incapable de trouver le sommeil, je me relève et avance doucement vers la fenêtre de ma chambres, laquelle donne sur l'allée. Parfaitement en face du mien, le vasistas de la chambre de Nathaniel est éclairé. Après un rapide coup d'oeil sur mon portable, je commence à me questionner sur les activités de monsieur à près d'une heure trois du matin. J'imagine que, sous ces apparences de parfaits petits fifils à sa môman, Nathaniel est fou.
Parce que oui, moi non plus je ne dors pas, certes, mais premièrement, ma lumière est éteinte et deuxièmement...bon okay, y'a pas de deuxièmement, le premier argument suffira.
- Qu'est que tu fiches ?
La voix de Louis me fait sursauter. Je retourne précipitement et croise son regard sombre. Louis ne sourit jamais, c'est de famille.
- Je..je..
- ...matais en toute innocence le voisin.
J'écarquille des yeux ahuris.
- Moi ? Tu me prends pour qui ? je m'étonne.
- Une pauvre cinglée qui, comme de par hasard, est debout et regarde en direction de la chambre de son voisin du même âge.. et ce, à un heure et quart et sursautant quand on la grille.
- Va mourir ! je lui crache, véxée.
- Si j'en ai envie, ma vieille, si j'en ai envie.
Quel c*n. J'avoue que les circonstances pouvaient prêter à confusion, mais ce qu'il avançait était tout sauf vrai. De tout manière, on ne pourrait pas voir Nathaniel d'ici.
- Qu'est que tu fo*tais, alors ?
- Je m'étonnais du fait que sa lumière soit toujours allumée à une heure pareille.
- Mh..
Il ne semble pas convaincu, mais ça, c'est son problème, plus le mien.
- Et toi ? Pourquoi viens tu  squatter ma chambre ? je demande.
- Arthur ronfle.
- Menteur.
- Arthur fait un drôle de bruit quand il dort.
- Casse toi !
Louis reste immobile, comme enraciné dans tapis.
- Dis moi, pourquoi, je relance.
- Je n'arrivais pas à dormir. Et personne d'autre dans la famille ne pourrais mieux le comprendre que..toi.
Sa phrase me fait l'effet d'une douche froide. Il n'étais pas censé savoir ça, que je dormais peu la nuit à cause de mes cauchemars. Je ne lui pose pas la question et préfère regagner mon lit et m'y allonger.
- Et ? se risque-il.
Je tapotte de la paume de ma main la large place innocupée à côté de moi en guise d'unique réponse. Il ne lui en faut pas plus pour me rejoindre.
- Au fait, pourquoi suis-je censée être la mieux en phase de te comprendre ? je lui demande.
- Parce que quand nous étions enfant, c'est toi qui venais dans ma chambre, et ce quasiment tous les soirs. Tu faisais des cauchemars à propos de K...
La fin de réponse semble boquée au fond de sa gorge. Lui aussi a beaucoup de mal a accepter la maladie de notre petite soeur.
- Kirsten, je finit à sa place tout en me souvenant de cette époque aussi difficile que douloureuse pour des gosses de sept ans. Des cauchemars à propos de Kirsten...
Chapitre III • Lorsqu'une partie du masque commence à céder.
Spoiler:
- Encore ?!
Je ne m'étonne plus de cette question, la même à chaque fois. Castiel est un bon à rien. S'il trouve hilarant le fait d'avoir de la compagnie en heure de colle, c'est son problème. De toute manière, ce mec a certainement passé plus d'heure ici que nulle part ailleurs, niveau fidélité, c'est lui le meilleur.
Je l'ignore royalement et retourne à la lecture de mon problème de trigonométrie. Lui, sans aucun doute déçu de mon manque de réaction, se contente de grogner une injure et s'affale sur une chaise, au fond de la salle.
" Soit MNP, triangle rectan...."
Le renflement régulier de Castiel m'arrache un sourire.
Il m'arrive de l'envier de temps en temps, insouciant, se foutant de tout, plein aux as. Je ne peux pas me permettre d'agir comme lui. Pour ma mère. Pour Kirsten. Et bien que les études me filent la nausé, il me faudra coûte que coûte décrocher le BAC. J'ai, en gros, plutôt intérêt à bosser...
- Ronfle en silence, pesté-je au silence.
La plume de mon stylo gratte le papier comme jamais, les calculs, les formules et les propriétés s'enchaînant sur la surface blanche quadrillée. Peu à peu, l'encre noir s'étend sur toute la page et j'appose la dernière valeur en guise solution. J'ai fini, enfin.
- Reste plus qu'à souligner tout ça, constaté-je.
Mme Grubot est une grosse manique, capable des pires folies lorsqu'un élève nuisible à sa santé de parano' s'amuse (ose ?) ) à oublier la cartouche ou à laisser traîner une pauvres rature sur sa copie.
Je tends la main vers le contenu de ma trousse - ou du moins ce qu'il en reste - et en sors ce qui s’apparente plus ou moins à un morceau d'équerre brisée.
J'ai chaud. Très chaud. Soudain. Comme ça. Bizarrement. Moi qui suis si frileuse en temps normal.
Mon stylo à encre rouge glisse le long de la "chose' - peut être un croisement entre une équerre et une tablette de chocolat ? - et fini sa course sous le dernier 'e' de 'mathématique'.
Je remonte machinalement les manches de mon gilet et termine mon devoir forcé, un mal au crâne.
Castiel pionce encore, sa feuille d'exercices toujours aussi vierge. Bien fait pour lui, sa peine n'en sera qu'accrue.
Je me lève et marche en direction de la porte et en sors, plus légère qu'en y entrant.
Le couloir est complètement désert et sombre. Fantômatique lieu de chaos, à l'image de ma vision du lycée en général, en fait...
Mes pas sont lents et lourds, je traîne des pieds vers la salle des professeurs. Ma flemme est au comble de son apogée et je me surprend à lâcher un juron en découvrant un post-it fluo sur la porte de ladite salle :
- Réunion du corps pédagogique, veuillez ne dérangez sous aucun prétexte avant 19h, Merci  -
Ou comment dire subtilement  "Pause café, Veuillez gentilment aller vous faire voir."
Quelle bande de joyeux sadiques. Alors comme ça, on colle ses élèves un Samedi soir pour, au final, les laisser tomber ? Ben voyons !
Je jette un coup d'oeil à ma montre. 18h08. La belle affaire.. Et c'est donc énervée au possible que je reviens sur mes pas.
- Réunion pédagomachin, je rage. Réunion pédagamachin.
- Pé-da-go-gi-que, June. Pé-da-go-GIQUE.
Cette voix, encore, je vais le tuer.
- Va voir ailleurs, je lui lance.
Toujours là au mauvais endroit au mauvais moment celui là. C'en serait presque flatteur de l'avoir éternellement dans mon chemin.
- C'est ton devoir forcé, n'est ce pas ? demande t il tout en pointant son menton vers la feuille dans mes mains.
- En quoi c'est ton pro...
Je me rends enfin compte de quelque chose d'évident : Nathaniel est le délégué principal de Sweet Amoris. C'est lui l'âme salvatrice qui va me sortir du pétrin.
- Dis, ça t'ennuierais pas de le filer à Grubot, je dois y aller là, je lui demande sur ce ton hypocrite que je déteste tant.
- Que me vaut ce soudain changement d'humeur ? me questionne le blond.
- On ne répond pas à une question par une question. Alors ?
- Donne, on va dire que pour cette fois ça ira.
Sa main se tend vers moi et je fais de même pour lui passer ma copie. Je ne le regarde pas, son sourire béat me tape sur le système.
Aucune réaction, la feuille reste entre mes doigts. M*rde à la fin, j'ai pas que ça à faire.
Je tourne la tête, il regarde le sol, une expression indescriptible gravée au visage.
- Quoi ? je dis.
Et c'est à ce moment précis qu'un détail me frappe. Mes manches. Relevée, laissant à découvert un bras jonché de douloureuses morsures, résultats de mes cauchemars nocturnes.
- June..Je...Ton...Ta
Je retire brusquement mon bras et fais volte face. Mais son relexe plus rapide que ma piètre tentative de fuite, je me retrouve immobile, son poing serrant avec force mon faible poignet.
- June...
Des larmes me montent aux yeux. Il m'a vu nue. Il a vu la vraie June, la fille qui va mal. Je veux disparaître. Je veux m'enfuir. Je ne veux plus jamais le voir.
- Laisse-moi, finis-je pas articuler. Vas t-en.
Sa prise se relâche mais il reste immobile devant moi. Son expression me surprend l'espace d'une seconde, vide et non pleine de pitié comme j'aurais pu m'y attendre.
Je cours presque aussitôt vers la sortie, jetant à terre mon fo*tu devoir et suis soulagée de ne pas entendre ses pas me suivre.
Je prend la direction de l'allée des Cerisiers et essaie de ma concentrer sur le sourire de Kirsten de l'autre jour, histoire d'arriver chez moi dans un état à peut près normal. Mais rien à faire, seules les pupilles lumineuses de Nathaniel ne m’apparaisse.
Nathaniel...
Chapitre IV • Je n'est pas toi.
Spoiler:
Il me suit. Je le sens.
Je le sens mais continue ma route. Me retourner ne servirait à rien, il feindrait aussitôt l'innocence et regarderait ses pieds avec un air las. Je le connais comme personne. Non, au lieu de ça, je tourne vers une ruelle isolée, espérant le piéger le mieux possible.
Deux semaines que c'est arrivé. Deux semaines qu'il a découvert l'un des mes secrets les plus intimes. Je le déteste pour ça, pour le fait qu'à présent il soit le seul à pouvoir m'aider. Mais je n'en ai pas envie. Plus maintenant. Il ne doit pas apprendre pour Kirsten, pour tout le reste. C'est essentiel, vitale pour moi. J'ai besoin de ce mystère.
La ruelle se rapetisse, je stoppe mon avancée et me plante là,  immobile, silencieuse.  Son parfum fruité me chatouille les narines, lui, il ne doit pas être loin de moi.
- Ca ne servait à rien, j'articule. De venir jusque ici.
Une main se pose sur mon bras et le caresse doucement. A quoi joue-t-il ? Mes joues sont trempées de larmes, pourquoi a-t-il fallut qu'il sache ?
- C'est idiot, je continue.
Son silence m’oppresse. Parle, imbécile ! Parle ! Je suis sur le point de lui fichre une gifle quand il me pousse sur le mur et plaque ses deux mains de part et d'autre de ma tête.
- Pourquoi ? dit-il enfin.
- Pourquoi, quoi ? Pourquoi je vis ? Pourquoi je mens ? Pourquoi je pleure ? Pourquoi toi ?
Mes larmes repartent de plus belle. Je me sens faible de pleurer devant lui. J'ai envie qu'il disparaisse. Maintenant. Pour toujours.
- Dis moi, insiste-t-il. Dis moi pourquoi, pourquoi tout ça.
- La vie n'est pas rose, je crache. JE NE SUIS PAS TOI, NATHANIEL !
- Qu'entends tu par là ?
Son expression m'effraie. Pas une lueur de vie, de bonheur, ne filtre dans ses pupilles. Il est de marbre. Je déglutis avant de lui répondre :
- Je n'ai pas ta chance, d'être aussi parfaite, bien élévée, intelligente...
Il ouvre la bouche puis la referme.
- Primo, je ne suis pas parfait. J'ai mes défauts. Secondo, tu ignores tout de moi. Nous ne sommes pas si différent, June. Nous sommes des menteurs. L'un comme l'autre. Les mêmes.
Je n'y comprend rien. Les mêmes ? Ca me ferrais mal.
- Tais-toi, lui dis-je simplement.
- Non.
Sec. Direct. Fatal.
- Non, répète-il.
Il secoue la tête. Ses yeux brillent, comme au bord des larmes. Il ne pleurera pas, il est plus fort que ça, plus fort que moi.
Nathaniel porte sa main sur ma joue et murmure un simple "Dis moi". Non, Nathaniel, je ne te le dirais pas. Cr*ve. Son pouce essuie une larme et il baisse la tête. Mes yeux se baladent sur ses cheveux dorés, il sentent le melon. Agréable. Sucré.
- Tu es une idiote.
- Et toi, un idiot.
Il rit. C'est une des choses que j’apprécie chez lui, ce rire sincère et enfantin. L'exacte réplique d'il y dix ans. Je m'en souviens encore, c'est drôle.
- Pourquoi ? recommence-t-il.
Cette fois, je suis cuite. Je comprend à présent qu'il ne lâchera pas le morceau. Je dois contrer, je dois trouver une solution, durable ou non.
- Pourquoi veux tu tant le savoir ?
Réfléchit, June. Réfléchit.
- Je tiens trop à toi, sûrement.
Quelle réponse stupide. Stupide mais étrange. Qui pourrait tenir à un parasite comme moi ?
- Moi pas, je me fiche de mon bonheur.
- C'est idiot, souffle-t-il.
- Arrête de répéter ce mot.
Il hoche la tête plusieurs fois, pensif. Kirsten. Cette mimique qu'il a, Kirsten l'a déjà faîte.
- Il n'y qu'une personne au monde qu'il compte pour moi.
Ma petite soeur. Je revois son sourire. Elle est si...parfaite.
- Qui ?
- Quoi, qui ? je m'étonne.
- Qui est cette personne à laquelle tu tiens tant ?
- Je n'ai rien dis de tel.
- Si.
Et paf, nouveau problème. Je suis une idiote, débile, imbécile, bonne à rien, laide... Que puis-je lui dire. Il ne sait pas que j'ai une soeur malade. Il connait ma famille, mais pas Kirsten. Personne ne connait Kirsten. Il me faut un prénom. Mon chien ? Je ne l'ai jamais aimé, ce gros pattapouf. Ma mère ? Il saura que je mens. Il me faut autre chose.
- Tu m'aime ?
C'est pas vrai. C'est quoi, mon problème. Je me giffle mentalement de cette question. Je me fige, il rougit.
- Je..je...non..ce n'est...c'est pas la question...non... bégaye-t-il.
Je suis coincée pour de bond. Mais je note tout de même que cette carte peut fonctionner. Au point où j'en suis..
- Prouve-le, je dis.
Je penche le visage vers lui. Il demeure interdit, peut-être même choqué. Mes lèvres ne sont plus qu'à quelques centimètres des siennes. Il ferme soudain les yeux. Je fais quoi là ? Je ne peux pas, je ne veux pas.
- Prouve-le, je répète, perturbée.
Puis, d'un coup, je prend la fuite. JE SUIS UNE IDIOTE. Il a raison. Il ne mérite pas tout ça. Il faut que je m'en aille. Il faut que je parte. Maintenant.
- Désolée, je murmure trop loin pour qu'il ne l'entente. Désolée. Oublie moi. Je t'en supplie.
Jamais je n'avais encore jamais courru aussi vite. Mes jambes trembles, mes mains, mes doigts. Je pleure, gémis, évite un passant, m'étouffe dans ma culpabilité. Je trébuche sur un trotoire, ma cheville cède.
- Mademoiselle, vous voulez de l'aide ? demande une femme.
Je fais non de la tête.
- Fo*utez moi la paix ! je hurle. FO*TEZ MOI TOUS LA PAIX.
La femme recule, ahurie. Elle n'y est pour rien. Tout comme Nathaniel.
Je me relève rapidement et repars en courant. Ma cheville, j'ai mal. Je manque de retomber, traverse une rue au rouge, me fais insulter pour mon "inconscience" et boîte vers chez moi.
Je hais le monde. Je hais la vie. Je me hais.
Chapitre V • Mes yeux et les tiens.
Spoiler:
Partie 1 < Histoire de vie.  
- C'est moche.
Le verdict d'Appoline est sans appel : mon plâtre n'est pas à son goût. Tss, stupide petite fillette, je ne donne pas cher de sa peau si ma mère l'entend.  Elle qui déteste tant qu'on insulte son prochain (ou, ici, le plâtre de son prochain).
- Tout à fait affreux, renchérit Arthur.
Quelle bande de nazes. Je leur jette un regard noir avant de reporter mon attention sur Albane, laquelle est en train de crayonner sur la résine blanche.
- Ils sont juste jaloux, hein, ma puce ? je lui lance sur un ton mielleux.
Elle se contente de hausser les épaules, pas concernée le moins du monde, et retourne à son ouvrage, une sorte de tourbillon coloré mêlé de points tantôt noirs, tantôt bleu nuit. Je l'avais laissé faire, dans l'optique où mon avis rejoignait celui d'Appoline et d'Arthur, ce plâtre est laid.
- Au moins, je continue. J'aurais le plâtre le plus insolite de tous les temps.
Nouveau haussement d'épaule.
- En fait, tu t'en tappes ? finis-je par lâcher.  
Haussement d'épaule, j'abandonne. Cette gamine est flippante.
- June ?
Ma mère surgit derrière moi et plaque une main sur mon front, sale manie qu'elle a depuis toujours.
- Hmm... un petit 39, facilement.
Je souris. Son attitude frôle le risible, je n'ai pas de fièvre, je vais bien.
- Je ne suis pas malade, maman. Juste la cheville dans le plâtre.
- Quand même. Je ne suis pas pour que tu y ailles demain... minaude-t-elle tout en penchant la tête sur le côté..
- Et le BAC ?
- Tu rattraperas les cours râtés.
- Tu sais bien que je ne suis pas du genre 'fille sérieuse'...
- Ouais, jte le fais pas dire, balance un Arthur cassant.
Ma mère lui assène aussitôt un regard meurtrier. Glaps. En général, elle ne s'énerve jamais. Sauf quand il s'agit de la santé de ses gosses. Naturellement. Je me souviens encore de la giffle qu'elle avait mise à mon père quand il l'a quitté, le lendemain de l'annonce du cancer de Kirsten. Il en avait gardé une marque écarlate des jours durant.
- Bon, June. Tu restes, point c'est tout !
Je n'ai pas le temps de répliquer qu'elle retourne déjà vers la cuisine. Traîtresse ! Je croise les bras sur ma poitrine et commence à bouder. Je fais l'enfant. Ou pas vraiment. Quel enfant n'aimerait pas que sa mère l'oblige à ne pas aller à l'école ? Arthur ? Oui, mais lui je le supçonne de fayotterie intensive. Bah.. d'une certaine manière, un jour de repos ne me fera pas de mal.
- Déride toi, on dirait une vieille, plaisante Louis, de passage apparement.
- Tiens, un revenant, commente Appoline.
- De quoi je me mêle ?
Elle fronce les sourcils. Louis, lui, semble satisfait de sa réplique. Il me fais penser à moi et mon sadisme sans limite. Pas jumeau pour rien, en fait.
- C'est vrai, t'étais où hier ? demandé-je.
- Et toi ? rétorque-t-il tout en baissant les yeux vers ma cheville plâtrée.
Un/ Zéro pour lui, j'aurais dû me taire. Giffle mentale.
- Quelque part, répondé-je.
- Mouais.
Dubitatif, le frère. Louis est une teigne quand il s'y met. Lui tirer les vers du nez, c'est prendre en considération le fait qu'il vous faudra, à un moment ou à une autre, lui livrez une monnaie d'échange suffisante à ce qu'il daigne parler.
- Je faisais du jogging..et je suis tombée. C'est tout.
- Du jogging ? Epaisse comme t'es, je ne te crois pas. T'as que le peau sur les yeux, ma vieille, ricane mon jumeau.
- Ben ouais, j'avais abusé sur la pâte à tartiner.
Un sourire se dessine sur ses lèvres. Ah oui, j'avais oublié, on a pas de pâte à tartiner à la maison. Il hoche la tête et continue son chemin en direction du sofa libre.
- Etrange, commente-il. Très étrange.
- Tu ne m'as pas répondu. Et toi ?
- Avec un ami.
- UNE amie, rectifie Appoline. Et pas n'importe laquelle...Comment elle s'appelle déja ? Hmm... Violette ? Oui, Violette, c'est ça !
Je manque de m'étouffer de rire. Appoline, en vraie comère, me sert son éternel air triomphant, fière de l'euphorie qu'elle a engendré dans la pièce. Même ma Grand-Mère, lovée dans son fauteuil, esquisse un sourire.
- Toi..et Violette ? je ris. Vous n'avez absolument la même façon de voir, elle et toi.
- Cette fille est incapable d'aligner trois mots, objecte un Arthur hilare.
- Va te faire voir, l'intello, articule Louis. Violette est calme et gentille. Elle m'apprend le dessin. C'est une très bonne amie.
Il passe un main dans ses cheveux et les ébouriffe, comme pour cacher sa gêne. Louis, amoureux ? Pouah, j'ai dû mal à y croire.
- J'y vais, conclus-t-il.
- Il n'en est pas question, jeune homme, intervient ma mère de la cuisine. Ce soir, c'est repas familiale.
- Je hais le mercredi, souffle l'interpellé.
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Partie 2 : POV Nathaniel < Les choses comme elles sont.
Je ne suis jamais entré chez June. Jamais. C'est triste à dire, mais c'est la stricte vérité. Sa maison est hideuse. Contrairement à elle. Je me suis longtemps demandé pourquoi une famille si enviable (du moins, c'est ce que j'en pense) pouvait vivre ici. L'argent ? L'héritage ?
Je me tiens devant sa porte, hésitant. Que va t-elle faire ? M'envoyer pètre et me claquer la porte au nez ? J'ai été tellement stupide hier.
Courage. Je respire un grand coup et porte mon doigt sur la sonnette. Mon coeur manque un battement quand des pas résonnent de l'autre côté. Courage. Un bruit de verroue se fait entendre, la porte s'ouvre lentement. Courage. Un visage souriant apparaît, ce n'est pas June, c'est sa grand mère.
- Monsieur Lavoisier, ça faisait longtemps, dit-elle. Vous venez voir June ?
- Oui, j'ai ses devoirs. Je peux entrer ?
- Bien sûr ! June est dans sa chambre, en haut de l'escalier, première porte à droite.
Je la remercie d'un sourire et prend le chemin indiqué. L'escalier grince sous mes pas. L'intérieur de la maison est rustique, les mûrs, recouverts de papier papier peint violet, arborent une dizaine de photos de famille. L'une d'elle m'interpelle : Il y a la grand mère de June, sa mère, son père, elle, à  6 ou 7 ans, Louis, les jumeaux, la petite dernière et un nourisson. Je n'avais pas pour souvenir que June ait 5 frères et soeurs. Un cousin, sûrement, ou une consine. Etrange.
La porte de la chambre de June se trouve à moins d'un mètre de moi. J'hésite à frapper. Elle dort peut être. Je m'essuie les main,  devenues moîtes sur mon jean et toque. Croisons les doigt.
Une demie seconde plus tard, la porte s'ouvre à la volée et je me retrouve face à une June handicapée de béquilles. Comment s'est-elle fait ça. C'est sûrement ma faute, c'est toujours ma faute.
- Dégage, crache-t-elle.
M*rde. J'en étais sûr.
- j'ai tes cours.
- Louis aurait pû s'en charger. Vas-t-en.
- Je...
Je n'ai plus choix, il va falloir que je m'impose. Tant pis pour elle. Je la contourne et profite de son incapacité de faire de trop brusque mouvement pour m'imicé dans sa chambre. Cette dernière est sobre, lumineuse et harmonieuse. Je ne l'imaginais pas ainsi. Mais je la trouve plutôt jolie.
- Boooon, souffle-elle dans mon dos. J'appelle les flics ou tu te c*sses de ton propre chef ?
- Ni l'un, ni l'autre.
Plus audacieux que jamais, je m'assois sur son lit et commence à fouiller dans mon sac. De son côté, elle soupire et s'affale sur un petit pouf, vaincue.
- T'es c*n.
- Moi ? Jamais.
Je sens son regard plaqué sur moi et ne peux m'empêcher d'en rougir. Je me sens carrément mal à l'aise. D'autant plus que la brune ne porte sur elle qu'un simple débardeur et un short de pyjama. Irrésistible.
Je dépose les photocopies des cours sur le lit, à ma droite. Elle me regarde faire, les yeux plissés, muette et en rogne. La routine, quoi.
Bientôt, je pose la dernière feuille sur le petit tas et me dirige vers la fenêtre.
- Tu as fini, non ? Vas-t-en, maintenant.
Je n'ai fais qu'entendre ses paroles. Mon attention est concentrée sur un petit cadre posé sur le bois du rebord de la fenêtre. C'est nous. Elle et moi. A 7 ans, si je me souviens bien. J'ai la même photo sur ma commode, dans ma chambre, mais la voir ici, auprès d'elle, affichée, me fais plaisir, me touche. Cette période a compté pour elle. Même si les choses ont changé, elle ne l'a pas oublié. J'ébauche un sourire.
- Oh ! Maintenant, tu prend ton sac et tu déguerpis.
Je hoche la tête et optempère. Trop heureux. Ravie.
Amoureux.
Mise à jour
Spoiler:
J'ai remarqué quelques incohérences en relisant mon texte. En particulier concernant les âges des enfants Belmont. So, voici un récapitulatif :

June et Louis < 16 ans (Première, Lycée)
Arthur et Apolline < 13 ans et demie (5ème, Collège)  
Albane < 12 ans (6ème, Collège)
Kirsten < 9 ans (équivalent du CM1, Hôpital)


- Sur la photo que Nathaniel découvre dans l'escalier, Kirsten et June ont donc respectivement 2 mois et 7 ans.
- La fic commence en Juin. A ce stade de l'histoire, on est donc en Juillet (et non en novembre comme indiqué dans le Chapitre V)

Désolée pour ces légères incohérences. Bonne lecture pour la suite Smile
NEW ! Chapitre VI • Qui es tu ?
Spoiler:
Introduction << Incroyablement différent...
Trois pas. Demi-tour. Stop. Deux pas. Stop. Demi-tour.
Le rythme aléatoire des déplacements de Nathaniel me file la nausé. Que fait-il à une heure pareille, alors même que le soleil est couché depuis déjà un bon moment ?
Je suis scrupuleusement chacun de ses mouvements depuis déjà une trentaine de minutes. Je l'ai vu se gratter le menton, grogner, regarder le sol, fouttre un coup de pied à la poubelle des Figgans, s'assoir dans la pelouse humide de son jardin, arracher de l'heure, peut être pester sur le monde. C'est à n'y rien comprendre.
Sérieux et impécable le jour, furieux et dévasté la nuit. J'ai peine pour lui. Mais je le déteste. C'est un concept étrange, certe, mais c'est un concept quand même.
Il s'affale à présent sur un banc, juste au dessous de ma fenêtre, et sors de sa poche un portable.
Quelques instant plus tard, au moment même où il le range, le mien se met à vibrer. J'ai reçu un nouveau message. De lui sûrement. Mais je ne le lirais pas. Je ne le lirais sûrement jamais. Jamais.
J'ignore l'objet maintenant lumineux et retourne me coucher. Je n'aurais le courage de veiller plus longtemps. A quoi bon rester de toute manière ? Nathaniel n'est pas prêt d'abdiquer au sommeil. Pour lui, la nuit ne fait que commencer.

•°•°•

Chapitre << ... Mais tellement semblable
L'Eté. Encore. Fo*tue saison.
Beaucoup me blâmerait de tenir tels propos. Mais je les pensent sincèrement. L'été est pour moi, un condensé infernal de ce que je hais le plus au monde, à savoir la chaleur, les moustiques, les révisions intensives, les frères et soeurs surexités à l'idée d'avoir l'Allée des Cerisiers pour eux seuls (car, entendons nous bien, les vacances, chez les Belmont, se résument à une errance perpetuelle et totalement hasardeuse à travers la minable et désormais dénuée de toutes espèces humaines en dehors de nous, rue qui est la nôtre.), et j'en passe.
Alors, forcément, quand ma mère nous a rapporté que James et Eileen (so, mon père et sa crétine de femme), flanqués des insupportables mômes de cette dernière, s'envolent cet été pour les îles Caraîbes, ben on l'a mal prit.
- Bon, je compte, lance fièrement Arthur, comme s'il venait d'accepter de donner sa vie pour le salut de l'espèce humaine.
J'assène un regard désabusé à mon petit frère tandis qu'Appoline détale déjà comme un lapin vers le fond du - petit - jardin.
Je veux mourir. Là. Maintenant. Encore.
- T'attends quoi, un autorisation perfectorale ? ricane Arthur.
Je maudis à présent ma mère et ses idées à la c*n de vouloir nous "rappocher". Parce que déjà, jouer à cache-cache à presque seize ballets, ça me tue, mais si en plus, il faut obéir aux nouvelles règles des jumeaux (lesquelles imposent aux perdants de se soumettre au 'châtiment suprême' - dont j'ignore toujours le principe - et de se confondre en minauderies envers les gagnants.)... Je sens que l'après midi va être longue, trèèès longue...
Je contemple d'un air las le sol terreux et me borne à faire rouler un cailloux sous ma semelle. Provocation, je te veux.
Arthur soupire longuement, s'approche de moi, sûr et déterminé, et me flanque un coup de pied ô combien bien avisé en plein dans le tibia. J'étouffe un gémissement de douleur et m'apprête à lui rendre son geste.
- Je ne ferais pas ça, si j'étais toi, déclare le malfaiteur, un sourire sounois  dûrement fixé au coin des lèvres. Imagine un peu la réaction de Maman quand je lui exposerais cette vilaine echymose que tu souhaites m'infliger.
- Ne viens tu pas de faire pareil, sale gosse, je crache.
- On ne s'attaque pas aux plus petits que soit. Tu sais tout comme moi qu'elle attache une importance monstres à ce principe fondamental ?
- On essaye pour voir ?
Arthur, serein et parfaitement conscient de ce qu'il fait, ferme les yeux. Okey, je me rend bien compte de la vraisemblence de ses propos... Si je le frappe, je cr*ve. Je me ravise, soupire et me retourne.
- Ne triche-pas, je lui dis avant de m'éloigner en boitant, gênée de béquilles.
- Comme si c'était mon genre.
Il pouffe, crétin.
- 30... 29...
J'accélère le pas, désireuse de victoire. Ou du moins, d'échapper au dit 'Châtiment Suprême'. Seules contre deux monstres sanguinaires - ou presque - et handicapée de ce maudit plâtre, je n'ai pour ainsi dire, aucune chance.
Et dire que ces mômes ont 13 ans révolus. Affligeant.
Une cachette. J'hallucine. Il me faut une cachette. Je suis au lycée et il me faut...une cachette ? Ce mot me fait l'effet d'un épieu en pleine poitrine. Mais pour la même raison. C'est la fatalité qui m'écqeure : Kirsten n'a jamais jouer à cache-cache. Ses pieds ont-il même déjà touché terre ? J'hésite et me sens mal. Une larme coule le long de ma joue. Je suis trop faible.
J'essuie le liquide salé d'un revers de main et me planque derrière le premier buisson qui se présente, faute de mieux.
L'herbe humide me caresse le visage. Je me sens étrangement bien. Sereine. D'un coup. Est-il possible voire normal de passer d'un extrême à l'autre aussi facilement ? Je l'ignore.
- Tu es bien plus belle à voir, ainsi. Calme.
Je sursaute et me cogne la tête. Mes yeux se réouvre aussitôt, surpris. Je vais pour hurler quelque chose mais le doigt de Nathaniel se pose sur mes lèvres.
- Tu es censé être cachée.
Un mouvement de tête me débarrasse du membre génant. Il sourit. Il m'énerve !
- Je le suis, je soupire.
Il hausse les épaules et détourne les yeux. Pourtant, je jurerais l'avoir vu rougir.
Je prends soudain conscience de cette toute nouvelle proximité. Et...j'ai envie de me rapprocher. Je ne saurais dire pourquoi. Surtout auprès de lui. Sa chaleur m'attire. Mais je n'en fais rien. J'ai envie de tout lui dire. Mais je me tais.
- Pourquoi viens tu squatter ? demandé-je.
- J'en sais rien.
Evasif. Incertain. Plein de sous entendu. Ou pas.
- Je pensais que tu étais en vacances, confessé-je.
- Mes parents travaillent.
- Nous sommes les deux seules familles restées sur SweetTown, je remarque, perdue dans mes pensées.
Nous sommes seuls. Seuls. Nathaniel ne part pas en vacances. Nathaniel n'est pas celui que je pensais connaître. Nathaniel n'est pas un enfant pourri gâté. Il est seul.
- Ambre ?
- En colonie, m'informe-t-il.
- Et toi ?
Il baisse les yeux. Je ne comprends pas. Je ne fais qu'interprêter.
- Désolée.
Je ne sais pas ce qui m'a pris. Ses yeux se plongent dûrement dans mes pupilles à l'énonciation de cette excuse inutile. Je n'y décèle pas d'interrogation. Non, au contraire. C'est autre chose. Un sentiment que j'ai déjà ressentis, que j'ai déjà vu dans le miroir, luit dans l'or de ses yeux. De la peine.
Il hoche machinalement la tête.
Je n'y comprends plus rien. Qui es t-il vraiment ?
Je repense à cette nuit. Au message qu'il m'a envoyé. A son coup de gu*ule. Que lui arrive-t-il ces derniers temps ? Est-il seulement envisageable qu'il soit...triste ? Trop de question se bousculent dans ma tête.
- Il arrive.
Je n'ai pas besoin de lui demander 'qui', les ricanements succésifs des jumeaux démoniaques se font déjà entendre.
- J'ai gagné, je souffle. Ils sont tous les deux.
- Félicitation.
Cela sonne faux. J'en rirais presque.
Sa main se pose sur la mienne. A la façon dont l'amoureux montre son affection envers sa belle. Un frisson glacial me parcours l'échine. Nous ne sommes un couple d'amoureux. Je le déteste. Mais je ne pourrais cacher ce besoin naissant de l'avoir auprès de moi. Je le déteste. Mais me demande qui il est vraiment. Je le déteste. Et j'ai eu tort. Je le déteste. Mais je l'ai mal jugé. 4
- Retire là, je demande.
- Pourquoi ?
Je ne réponds pas.
- Pourquoi.
Silence.
- Pourquoi...
- Je n'aime pas ça.
Il ne la retire pas.
- Pourquoi ? je questionne en écho.
- ça me rassure.
Que veut-il dire par là ? Son ton est étrange, inhabituellement teinté d'amertune et de sincèrité. Vrai. Faux. Définitivement étrange.
- Ah, bah, t'es là ! s'écrit Apolline, dont la tête surgie derrière celle du blond.
- J'ai gagné.
J'ignore le sourire de Nathaniel et tente un mouvement. Ma cheville me lance aussitôt et m'arrache une grimace.
Et sans un mot, il se lève et me tend une main salvatrice. J'hésite un instant. Oui. Non. Oui. J'attrape sa main et il me hisse sur mes jambes. Quelque chose à changé.
- Merci, je place dans ma barbe.
- C'est normal.
Normal ? Si pour lui normal signifie bizarre, je suis d'accord avec lui. Je n'aurais jamais pensé devoir lui dire 'merci' un jour.
Jamais.
NEW ! Chapitre VII • L'âme d'un sifflet.
Spoiler:
June Belmont est un être énigmatique, capable de tout comme de rien. Cette pensée me fait brièvement sourire, alors même que cette dernière s'addonne à l'examen silencieux de mes intentions. Ses yeux plissés dans une grimace ridicule, elle ne me lâche plus du regard. Et je dois prendre sur moi pour ne pas en rougir.

- Tss..

Elle pince les lèvres, suspicieuse. A nouveau, je me questionne. Pourquoi ne m'a-t-elle toujours pas envoyer dans les roses ? Je suis là, sur le péron de chez elle, en attente de réponse. Enfin, elle baisse les yeux vers le sol puis annonce la sentence :

- Oui.

Un poid imaginaire disparaît tout d'un coup en moi. Elle est d'accord. Elle est d'accord pour venir avec moi au cinéma ! Victoire.

- Mais tu payes, médise-t-elle.

J'oppine du bonnet, trop satisfait pour relever. June retourne à l'intérieur, enfile des tennis, et se passe un petit sac en bandoulière avant de ressortir, les bras croisés sur sa poitrine.

- Go ? je demande.

Elle soupire puis hoche la tête, les sourcils froncés. Mais je m'en t*pe. Elle est là. Et c'est tout ce qui compte.
Nous nous mettons donc en route, côte à côte, dans un silence lourd et plus ou moins gênant. Bon...

- C'est un film sur la Grèce Antique, l'informé-je. Pas spécialement connu, mais pas trop mal parait-il.

Elle ne répond pas, impassible dans sa robe de lin blanc. Je ne l'avais vu en robe. Jamais. Mais ça lui va plutôt bien. June est une jolie fille. Ses cheveux cendrés, qu'elle porte longs, sont aujourd'hui coiffés en une natte complexe, raménés sur son épaule gauche. Son visage est adorable, et bien que les années semblent lui avoir arraché sa joie de vivre, je suis content de constater que ses yeux, verts d'eau, sont toujours aussi rieurs. C'est drôle, je trouve, ce contaste qui s'opère en elle de façon tellement subtil..

Je sursaute quand elle tourne la tête vers moi. A mon soulagement, elle se contente de hausser les épaules, le regard inexpressif, et désigne du menton le petit édifice qui se profile à l'horizon : le cinéma, l'unique centre de projection de la ville. Nous y sommes, donc.

A l'intérieur, j'achète deux tickets et un pot de pop corn. Il me semble qu'elle adore ça, du moins étant enfant, si j'ai bonne mémoire.

Puis, il arrive quelque chose. Quelque chose d'étrange, je dois dire. Parce qu'en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, sa main enserre fermement mon poignet. Je ne comprends pas. Pourquoi ? Elle me déteste. Mais je sens bien que quelque chose ne va pas. Elle semble retenir ses larmes. J'ai envie de lui dire que je suis là, avec elle. Mais les mots restent coincés au fond de ma gorge. Non, au lieu de ça, je l'entraîne à l'intérieur de la Salle et l'invite à s'assoir.

Nous sommes seuls - hormis une vieille femme qui tourne déjà de l'oeil. Forcément. La respiration de June s'accélère au moment où la lumière s'étompe brutalement.

June. Je suis là.

Les mots résonnent dans ma tête. Si simples. Si vrais. Si immatériels.

Sa jambe se met à trembler, frolant à plusieurs reprise mon genoux. Le film démarre. Je l'entend souffler à plusieurs reprises. Comme pour se calmer. Et c'est ce qu'elle fait.

Je suis là.
Je n'abandonnerai jamais.

Son état finit par redevenir doucement normal, sa main plonge dans le pot de pop corn au caramel. Je souris, soulagé.

Je reporte mon attention sur le film, sentant que mon regard insistant paraît la gêner.

Cette projection est franchement ennuyeuse. Les combats au corps à corps sonnent faux, la romance, trop rapide, n'est pas crédible et les décors laissent à désirer. A contrario, un personnage attire mon attention. Une petite fille métisse, aux grand yeux bruns. Un gros plan sur elle a révélé un élément touchant : cette façon qu'elle a de serrer un petit sifflet métallique entre ses doigts, au moment où la guerre l'emporte, comme s'il représentait à lui seul son espoir, sa raison de s'accrocher. Son exutoire. Son âme.

J'ai retenu ma larme et June a pleuré.

Et, à cet instant précis, nos mains se trouvent. De manière totalement naturelle. Comme ça. Je rougis.

- L-la petite fille, souffle-t-elle en reniflant. Elle..elle me rapelle quelqu'un que j'aime beaucoup.

Je ne dis rien. Ce n'est pas nécessaire. Et elle le sait.

Le film n'était pas long. A peine trois quarts d'heure. En sortant, nous ne nous regardons pas. Mais nos mains demeurent liées. Comme scellées par un lien aussi invisible qu'ineffable.

Le chemin du retour passe comme rien. Pas un mot n'a filtré. Le silence. Jusqu'à ce qu'on arrive devant chez elle. Où les choses s'accélèrent de manière cauchemardesque. Comme si, d'une manière certaine, toute joie se devait de mourir dans la peur, d'avoir une fin. Aussi douloureuse et brutal soit-elle.

- Non. Non. NON. NOOON.

June tombe à genoux en hurlant, les paumes durement appuyées contre ses oreilles. Ses cris me font l'effet d'un poignard en pleine poitrine. Déchirants. Elle souffre. Elle refuse quelque chose. Mais quoi ?

- Non. NOOOOOON. Non. Non. NON ! Vas-t-en, Nathaniel ! Vas-t-en !

J'ai un mouvement de recul. Que lui arrive-t-il. Je ne peux pas partir. Je ne veux pas la laisser seule. Mon rythme cardiaque s'affole, je sais plus quoi penser, quoi dire. Je m'accroupis à côté d'elle et me mange une gifle.

- June... m'inquiété-je. Tout va bien...

Elle se lève aussitôt que les mots sortent de ma bouche et fonce droit chez elle, où elle ferme le verroue.

- Vas-t-en ! hurle-t-elle à travers la porte. Déga*e ! Pars !

Je tambourine des poings sur le bois. En vain. Rien de bouge. Rien de bougera. Il n'y a plus de bruit de l'autre côté de la cloison. C'est fo*tu pour aujourd'hui. Me*de à la fin.

- June. Je t'en supplie. Ne fais rien d’irréfléchi. June. Je... S'il te plait...

Ma gorge est nouée. La peur fend ma voix. Je ne veux pas la laisser. Mais je ne peux rien faire de plus. Je dois rentrer chez moi. Je dois la laisser. C'est trop tard.

A contre coeur, je retourne lentement vers chez moi. Je sursaute quand la porte derrière moi se rouvre et espère. Espère que June apparaisse. Espère pouvoir lui venir en aide. Espère être capable de la rassurer. Mais ce n'est pas elle que je vois. C'est Louis. Je lis sur ses lèvres un simple 'Ne lui en veux pas.' et hoche la tête. Il reste immobile mais je décèle de l'inquiétude dans ses yeux.

Une pensée me traverse à ce moment l'esprit : le sifflet. Celui avec l'enfant se ratachait comme à la vie. Celui qu'il vous est presque vitale de serrer contre sa paume. Celui qui vous rassure. Celui qui rappelle à chacun instant que la vie est fragile. Celui qui sera toujours là pour vous.

On a tous notre propre sifflet. Le mien, c'est elle.
C'est June.

On m'a souvent dis que l'amour de jeunesse ne menait à rien. Qu'on ne tient à personne comme on tient à soi avant. Ou bien que la famille passe avant tout. Mais June fait partie de ma famille. Peut être même plus que ça. Elle est mon sifflet. Elle est tout pour moi. Elle est ma June. La Seule.

Je ne mens pas. Je n'extrapole pas. Je n'invente pas.
Qu'elle me haïsse. Qu'elle m'insulte. Qu'elle me gifle. Qu'elle m'ignore.
C'est elle.
Elle est la Seule.
La Seule.


Dernière édition par Parenthèse le Jeu 23 Mar - 17:47, édité 2 fois
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Re: [AS] La Profondeur d'un sourire

Message  Parenthèse le Ven 1 Juin - 20:26

Personnages Principaux :
June Belmont < Ancienne petite fille pleine de vie, devenue associable, hargneuse, dévastée, June est une fille distante. Elle connait Nathaniel depuis toujours, mais semble ne pas l’apprécier des masses.
Nathaniel Lavoisier < Calme et attentif, il est le plus vieil ami de June et a directement été témoin du changement de comportement de cette dernière. Il lui conserve des sentiments amoureux mais souhaite avant tout lui venir en aide.

Famille Belmont
Louis : Frère jumeau de June. Discret et amical.
Arthur : Garçonnet farouche, prétentieux, perspicace, malin et cassant.
Apolline : Fillette pleine de vie, médisante par moment. Très complice avec Arthur
Albane : Albane est une enfant solitaire, peu bavarde et perturbée. C'est elle qui ressemble le plus, d'une certaine manière, à June (sur le plan psychologique)
Kirsten : Soeur chérie de June, atteinte d'un cancer du poumon depuis sa plus tendre enfance. Elle a la joie de vivre et accepte étonnement bien sa maladie. Une très grande présence d'esprit que cette fillette au destin incertain.

D'autres à venir...
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